Susuru : un fil dans le bouillon

2 juin 2019

Attitude condescendante de l’un, un sourire gêné de l’autre et un bout de ficelle oublié. La logique de la restauration genevoise…

Quel bonheur de s’attabler aux premières terrasses et de sentir le souffle d’un léger vent printanier. Ni trop chaud, ni trop froid, le temps permet encore de déguster un ramen bouillonnant et réconfortant ; comprenez un met japonais composé de nouilles plongées dans un bouillon, accompagné de légumes, d’un œuf, de viande ou de poisson. Le tout nous emporte dans un tourbillon de saveurs à chaque bouchée, fait tourner la tête des « foodies » du monde entier et est en passe de déloger le hamburger de son pied d’estale. Impossible de passer à côté de cette tendance culinaire qui a frappé la Cité de Calvin de plein fouet. 

Concept

Susuru ne fait pas exception à la règle et suit cette tendance nippone en proposant divers ramens ainsi que des gyozas (raviolis grillés). Selon un concept très simple : servir un repas sain, goûteux, rapidement et pas trop cher si possible (même si nous sommes en Suisse). Le choix se porte sur quelques pickles de légumes de saison faits maison pour raviver le palais avant de déguster le shoyu ramen dans son bouillon de poulet ou de poisson (dashi), assaisonné de sauce soja contenant souvent du kombu (algue séchée hyper iodée), de la bonite séchée également, des champignons shitakis parfois ou encore du mirin, un saké doux. 

Responsabilité

Après avoir savouré langoureusement quelques cuillères de bouillon et « slurpé » quelques pâtes, il est temps de se délecter d’un morceau de poitrine de porc de Jussy. Alors qu’un manque de dextérité à maîtriser les baguettes m’oblige désespérément à batailler avec le morceau de viande, je constate que la ficelle de cuisson entoure encore la fine (fine, mais alors vraiment fine) tranche. Le serveur remarque ce futile oubli mais ne daigne pas venir en parler, se décharge d’une telle responsabilité en relayant l’information à la cuisine. La cheffe vient immédiatement s’en excuser (en lieu et place d’un serveur immobile), propose dans la foulée une alternative que je refuse.

Condescendance

C’est au moment de l’addition que l’attitude du serveur prend de la (non) hauteur. « Nous sommes vraiment désolés de cette inadvertance ». Rien. « Pouvons-nous vous offrir un café » ? Niet. « Au plaisir de vous revoir bientôt ». Que nenni. Les CHF 32.80.- ont été rentrés dans le terminal de ma carte de crédit avec autant de condescendance que de détachement et sans aucun remord. Attention, même si le restaurant avait eu un geste commercial, il aurait été refusé (déontologie oblige) mais la démarche aurait été appréciée. Les gens ne s’en rendent peut-être pas compte, mais l’attitude adoptée par un individu peut avoir de sérieuses répercussions sur le service d’un restaurant. Le short du serveur à peine plus long qu’un caleçon, son tee-shirt non repassé, ses chaussures de rando et des cheveux ébouriffés dénotent un sérieux manque de considération de soi, des détails qui affichent un sérieux laisser-aller et une absence totale de supervision hiérarchique.

Le mot de la faim

Le Ramen était-il bon ? Oui. Le cadre est-il sympathique ? Oui. La cheffe est-elle responsable de son erreur ? Oui. L’a-t-elle assumé ? Complètement. A-t-elle suggéré de changer le plat ? Oui. La sincérité et l’implication de cette jeune femme pardonnent-elles cette erreur humaine ? Oui. Le serveur a-t-il été concerné par la situation ? Non. Aurait-il dû faire un geste ? Oui (il ne pouvait pas anticiper que celui-ci aurait été refusé). Devrait-il changer de métier ? Oui. 


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Susuru

35 rue du Stand, 1204 Genève

Mots clés : Genève, ramen