Quand le resto vient à la maison

15 octobre 2017

Les sociétés de livraison de plats cuisinés à domicile connaissent depuis peu un fort engouement. Un changement d’habitudes radical qui touche de plein fouet le monde hypercompétitif de la restauration

Les sociétés de livraison à domicile connaissent depuis peu un fort engouement.  Smood et Eatzer, pour ne citer qu’eux, révolutionnent discrètement nos habitudes de consommation à coup de chicken tikka masala, d’entrecôtes sauce café de Paris ou de poulets curry au lait de coco. Un changement de mœurs radical touche de plein fouet le monde hyper compétitif de la restauration : le client perd l’envie d’aller au restaurant car c’est le restaurant qui vient directement à lui.

Exit la pizza industrielle froide apportée avec plus d’une heure de retard et bienvenue aux mets de qualité livrés chauds en un temps record. Serait-ce la fin des dîners au restaurant ? Pourquoi les restaurateurs hésitent-ils à proposer un service de livraison à domicile ? Les sociétés de livraison sont-elles les ennemies ou les alliés des restaurateurs modernes ? Sont-elles en concurrence directe avec les restaurants ou au contraire un important générateur de chiffre d’affaires ? Partons en immersion dans le monde passionnant de la livraison.

Walid Benamer est un patron heureux et enthousiaste. Propriétaire de la jeune société de livraison Eatzer, il se remémore les prémisses d’une entreprise en pleine croissance et constante évolution. « C’est totalement l’idée de mon épouse Sainnah. Au départ nous souhaitions faire un service de livraison entre particuliers. En d’autres termes, « ubériser » le système en remplaçant les restaurants par des particuliers. Nous sommes vite revenus à la livraison traditionnelle » raconte cet entrepreneur qui fourmille d’idées. « Notre but est de référencer des restaurants qui n’ont jamais envisagé ce type de prestations. Nous ne sommes pas une société de livraison pour le restaurant mais plutôt un service de « pick-up » pour le client. Une certaine forme de conciergerie à domicile » explique-t-il.

Smood Toujours…

Avec plus de trente salariés, une centaine de livreurs et des ouvertures prévues dans toute la Suisse, la société Smood est le leader incontesté du secteur. Marc Aeschlimann, fondateur du groupe et son directeur Vincent Schaeffer se sont inspirés de plusieurs sites de livraison français avant de se lancer dans l’aventure. « Nous avons conservé le meilleur pour pouvoir l’adapter au marché Suisse » révèlent-ils.  « Le monde de la restauration est à bien des égards en crise. Nous constatons un affaiblissement indéniable de la fréquentation accompagné d’une baisse significative du ticket moyen ». Marc Aeschlimann va encore plus loin dans son raisonnement et considère que l’un des facteurs déterminant de ce marché en plein essor est dû au fait que de nombreux appartements n’ont pas de cuisine équipée. De plus « la démocratisation des transports et l’intensification des voyages ont un impact sur  le budget des sorties. Enfin, les contrôles d’alcoolémie sur les routes pour des raisons sécuritaires favorisent la consommation d’alcool à la maison. Il revient tout simplement moins cher d’être chez soi » affirme le patron.

Même son de cloche pour Walid Benamer qui confirme que le secteur de la restauration n’a jamais été aussi volatile et de ce fait plus difficilement prédictible. « La sélection des restaurants s’effectue dans un marché relativement tendu » confie-t-il. Afin de lutter contre la morosité ambiante, Marc Aeschlimann, quant à lui, explique aux restaurateurs les avantages de la livraison à domicile. « La tendance démontre que nous pouvons contribuer à améliorer leur chiffre d’affaire en augmentant indirectement la capacité de leur restaurant. En quelque sorte, nous poussons les murs d’un bistrot » s’amuse-t-il à dire. Les résultats sont éloquents et prouvent que, dans certains cas, le chiffre d’affaire peut augmenter de 20% après une première année de collaboration.

Une question de notoriété

« Mais le restaurateur n’est pas le seul gagnant dans cette opération » révèle Walid. « La notoriété d’un restaurant renforce la collaboration réciproque. Les clients nous associent à l’image d’un établissement et ce rapprochement motive d’autres restaurants à y participer ». A l’instar d’Eatzer, Smood, entretient un rapport privilégié avec ses restaurateurs. « Nous avons des contacts téléphoniques mensuels ou quotidiens en cas de nécessité. Nous essayons d’apporter des réponses et de donner des conseils simples dans une volonté commune d’aller de l’avant  » confirme Marc.

Le choix de l’offre culinaire est primordial pour se  différencier et être reconnu. « Nous construisons notre crédibilité professionnelle autour de ces partenariats » confie Walid. « Tout se fait au feeling et selon la nourriture qui nous est proposée. Comme pour le consommateur lambda, il faut que l’établissement nous plaise et nous donne envie d’y aller. Pour les restaurateurs, il est clair que ce type de service  représente une offre supplémentaire et complémentaire. Il ne s’agit pas de se faire la guerre. Bien au contraire ; nous marchons main dans la main. Mais au bout du compte c’est le nombre de commandes qui importe ».

La Chance pour Tous

Cette collaboration est-elle en train d’instaurer une rivalité entre les établissements ? Marc Aeschlimann tranche sur le sujet en évitant d’avantager un restaurant au détriment d’un autre. « Pour Smood, la classification des restaurants se fait en fonction de l’adresse de livraison au moment de la commande. Il n’y a pas de favoritisme car le but est de laisser sa chance à tout le monde. Une faible quantité de commande n’influence pas notre collaboration; ce serait le cas si un problème survenait au niveau de la qualité ». Mais l’entrepreneur sait toutefois que la livraison se répercute sur la qualité des aliments. Une vérité qu’il ne cherche pas à contredire car la nourriture est toujours meilleure lorsqu’elle est consommée sur place. La parade ? Mettre en avant le bon fonctionnement de la livraison afin de garantir le meilleur niveau de qualité.

Dans tous les cas, le temps reste le nerf de la guerre. Le chronomètre qui tourne et fera en sorte que l’expérience globale soit un succès, dès la prise de commande jusqu’à la livraison sur le pas de la porte. Une efficacité opérationnelle quasi militaire dans les deux entreprises avec des livraisons qui se font en moins d’une heure. En voiture, à scooter ou à vélo, tout doit aller très vite. « Dans tous les cas, le restaurateur doit jouer le jeu. C’est dans notre intérêt commun. Si une livraison est en retard, c’est notre image qui en pâtit ; car au final le client n’imagine pas que le restaurant puisse en être responsable » précise Marc.

Si la génération actuelle veut se faciliter la vie, rapidement, tout en variant les plaisirs sans casser la tirelire, que reste-t-il du bœuf bourguignon de grand-mère qui a mijoté des heures durant ? Une chose est sûre, on pourra sûrement se le faire livrer.


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Mots clés : livraison