Pas « beau-window »…

3 décembre 2014

Manque de raffinement et d'élégance culinaire au restaurant de l'Hôtel d'Angleterre à Genève.

Je me suis baladé un samedi soir sur les quais en attendant une arrivée d’avion tardive. Pas question de rester chez moi devant la télévision. J’ai donc pris ma voiture et me suis garé chemin Plantamour (rue parallèle aux quais). Je n’avais aucune réservation et aucune idée de ma destination finale. Le « nouveau » Richemond et son jardin, le classique Beau-Rivage et son Chat-Botté, l’imposant Kempinski et son Tse Yang (voir article du 28 novembre 2014), le moderne President Wilson et son Bay View ou l’Hôtel d’Angleterre et son… Et son quoi ? Je me suis arrêté devant en me posant la question. Je regarde le menu, remarque la toque rouge emblématique du Gault & Millaut frappée du chiffre 16. Vous savez ce que je pense des classements et des guides mais je réalisai que je n’étais jamais entré à l’intérieur de cet établissement depuis que je suis né et vis à Genève. Vous vous en doutez, je décidai donc de remédier à cet oubli…

Windows - Salle à Manger
Windows – Salle à Manger

Le décor du restaurant est chic tout en étant sobre, élégant tout en étant actuel, classique tout en étant moderne. C’est très beau et l’ensemble ne vous donne pas l’impression d’être dans un restaurant d’hôtel. J’aime la moquette à damier, la juxtaposition de coussins à rayures et à motifs léopard posés sur la longue banquette en cuir sur laquelle je me suis assis, j’aime l’intensité de l’éclairage (ni trop fort, ni trop faible), j’aime les photographies « époque année folle » et que dire de la vue nocturne sur la ville, magnifique ! Tout en étant au fond de la salle, vous dominez la rade sans être dérangé par le bruit des voitures. Tout s’annonce pour le mieux… je me demande si ce sera le cas ?

Je m’installe confortablement. A la lecture de la carte, je m’interroge. Quel message le chef veut-il nous faire passer? Je constate que le restaurant d’hôtel 5 étoiles dans lequel je m’apprête à dîner propose à la fois une Mafaldine aux cèpes et feuille de sucrine au vieux parmesan, une salade César ou une salade de Saint-Jacques aux chanterelles, acidulé de pomme verte, du saumon fumé ou un carpaccio. C’est une carte où alternent des mets gastronomiquement viables et des mets de lobby (tels que la salade César, le saumon fumé ou le carpaccio). Selon moi, ce mélange de genres n’a pas lieu d’être dans un restaurant de ce standing (éventuellement sur une carte séparée ou exclusivement pour le déjeuner). Bref, puisque c’est la saison, mon choix s’oriente vers la chasse.

Windows - Tourte de faisan
Windows – Tourte de faisan

Tourte de faisan aux châtaignes truffées, mini endives aux sucs d’orange

Un chausson qui contient de la farce de faisan. La pâte est lourde et pas assez cuite. L’originalité de l’entrée se trouve dans les endives aux sucs d’orange; tout en apportant finesse et légèreté, elles contrastent avec le goût pâteux de la tourte et la consistance bourrative de la farce. La salade frisée bien alignée que vous voyez sur la droite de la photo n’est pas assaisonnée malgré d’inutiles pointes de confiture d’airelles posées sur l’assiette, sans doute pour donner une touche de couleur et rappeler que le thème de l’entrée est la chasse. Une entrée qui manque de finesse, de gourmandise et finalement de passion et qui ne justifie pas le prix de Chf 41.00.-  (ni en terme de goût et ni en terme de présentation !!!). Une sauce réduite et travaillée aurait pu sauver ce triste début de repas.

Windows - Dos de chevreuil
Windows – Dos de chevreuil

Dos de chevreuil, sauce poivrade, légumes d’antan mijotés

La viande (qui est l’attraction principale du plat) est magnifiquement tendre. La cuisson rosée est parfaitement respectée, selon ma commande. Les légumes d’antan ne sont malheureusement pas mijotés, presque froids, manquent d’assaisonnement et n’ont en finalité « aucune âme ». Quant aux spaetzlis, ils sont servis dans un ramequin brûlant (contrairement aux autres aliments); je soupçonne qu’ils ont été réchauffés au micro-ondes car ils donnent l’impression d’avoir été bouillis. Et pour terminer, un trait vert d’une substance non identifiée vient décorer inutilement le bord de l’assiette. Ce détail manque de raffinement et son aspect desséché suggère que la préparation a été faite à l’avance. J’en fais la remarque au maître d’hôtel après avoir gratté mon assiette avec mon couteau. Il réagit empreint de compassion et de désolation.  Un « coup de pinceau » évalué à chf 59.-…  vous comprendrez ma déception !

Le ton de mon article vous paraîtra sévère mais je l’assume. La cuisine du Windows m’a beaucoup déçu (et que dire du rapport qualité / prix !). En revanche, le service est souriant, professionnel et le niveau de qualité atteint par le personnel en salle fait d’autant plus regretter celui de la cuisine. Ce restaurant, vide lors de ma visite un samedi soir d’octobre, pourrait être un des plus beaux de la ville mais malgré son potentiel il n’accède pas à ce rang.

Ce blog a pour but de vous faire partager des plaisirs gustatifs, vous faire aimer un dur métier en manque de reconnaissance.  Je respecte et m’efforce de mettre en avant des travailleurs si souvent ignorés. Mais si la cuisine d’un établissement se moque ouvertement du client, je me dois de vous en informer. Le coup de grâce fut ce trait vert préparé à l’avance qui avait séché sur mon assiette. Ces pratiques culinaires pourraient en présager d’autres. Espérons qu’il n’en sera rien. A bon entendeur…


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Hôtel d’Angleterre

Restaurant Windows

17 Quai du Mont-Blanc 1201 Genève

Mots clés : châtaigne, chevreuil, faisan, Genève, hôtel