L’Arti-show!

6 juin 2017

Entre Carouge et Les Acacias, le bistrot gourmand l'Artichaut offre un supplément d’âme à une rue qui en manque cruellement

Chaud devant, l’Artichaut fait son show ! Décomplexé et en toute quiétude, ce discret « bistrot gourmand » pousse la chansonnette culinaire bien au-delà de sa résidence du Quai du Cheval-Blanc. Piégé entre le charme de Carouge et l’industriel, mais néanmoins vivant quartier des Acacias, cette artère bordant l’Arve n’a que peu d’âme ni dimension commerciale. Un casse tête abyssal pour toute affaire qui oserait imaginer s’y implanter.

Malgré sa situation géographique décourageante, ce petit bistrot au grand cœur attire une clientèle de connaisseurs avides de beaux et bons moments. Il est donc évident de croiser des fervents du vrai, des justiciers du bon et des plaidoyers de la « bonne bouffe ».

Force Tranquille

L’Artichaut est un de ces établissements qui dégage une inexplicable et désarmante force tranquille. Moment déconcertant de simplicité qui annonce dès le début un instant culinaire prometteur. Les sièges se méritent dans ce petit écrin d’à peine une vingtaine de places et les réservations sont fortement recommandées.

Carte des mets canaille

Le chef, Jonathan Letexier, n’en est pas à son premier coup d’essai. Ce jeune versaillais d’origine est un amoureux des produits nobles. Peu de chance de se tromper avec une carte de mets aussi gourmande que canaille tournicotant autour d’une cuisine française légèrement revisitée et un brin moderne. Imaginons un bœuf bourguignon ou une blanquette de veau mais avec certainement un twist propre à une cuisine élégante et décomplexée. Comment ne pas craquer pour l’œuf de poule bio cuit mollet et ses morilles infusées au vin jaune ? Comment ne pas succomber au charme d’un cœur de filet de cabillaud primavera et tomates séchées ? Et comment faire semblant de ne pas voir le gaspacho de fraise et son financier pistache ?

Ecrevisses & Pavé de Sandre

Saisissant contraste que de voir les écrevisses orangées du lac au cœur d’un gaspacho de petits pois. Un ton sur ton de couleurs printanières aussi élégant qu’attirant. Sous la surface de cette réinterprétation plus que réussie de la traditionnelle soupe andalouse se cache un fromage frais qui apporte onctuosité et texture. Sans occulter la volupté du crustacé, cette entrée est un « strike » au premier coup de cuillère. Un début remarquable réunissant finesse, richesse et justesse.

Le chef en a vraiment sous la toque ! Loin d’être emprisonné dans des codes, des tendances ou des styles, la cuisine de Jonathan Letexier est d’une exemplarité débridée. Le pavé de sandre en est l’ambassadeur. La chair du poisson est délicate et sa peau délicieusement croustillante. Accompagné d’artichauts et subtilement relevé par les incisives olives taggiasche, ce plat réconcilie avec la vie. Un shoot de bonheur mariant l’océan et la terre.

Carton Plein!

La cuisine est bien trop grande pour une salle de restaurant aussi petite. Accompagnée en salle par le virevoltant patron Jan Bertiaux, cette paire de joyeux troublions fait bouillir de plaisir un quai abandonné. Dommage que le pain proposé ne soit pas à la hauteur de la cuisine présentée. Aussi dur que sec, il est une insulte aux préparations qui n’attendent qu’à être saucées !


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L'Artichaut

9 Quai du Cheval Blanc, 1227 Carouge

Mots clés : artichaut, bistrot, cabillaud, ecrevisse, gaspacho, Genève, gourmand, oeuf, sandre