Et j’entends siffler le Train…

15 mai 2017

Unique et mythique, le Train Bleu fascine les touristes transitant par la Gare de Lyon à Paris. Mais qu'en est-il vraiment?

Le Train Bleu, installé dans le hall de la gare de Lyon à Paris, classé en 1972 Monument historique, est un établissement mythique. Ce colosse de la restauration de 250 couverts reste un lieu chargé d’histoire et d’anecdotes. En 1900, à l’occasion de l’Exposition Universelle, les voyageurs découvrent une nouvelle gare, dessinée par l’architecte Marius Toudoire, en même temps que plusieurs salles de restaurant, réalisées à la demande de la Compagnie des chemins de fer pour être le symbole du voyage, de l’innovation technique, du confort et du luxe. Initialement appelé Le Buffet de la Gare, le nom change d’aiguillage en 1963, rebaptisé Le Train Bleu en l’honneur du Paris-Vintimille, train de légende à destination de la Côte d’Azur.

Le Train Bleu Paris

Dorures, sculptures, moulures, lustres et fresques recouvrent l’ensemble des murs du restaurant, lui donnant des allures de musée des années 1900. Les tableaux exécutés sur toile ont été réalisés par les peintres les plus en vue de l’époque : François Flameng, Henri Gervex, Gaston Casimir Saint-Pierre ou encore René Billotte. Des personnalités du monde des arts devinrent des habitués du Train Bleu comme Salvador Dali, Brigitte Bardot, Jean Cocteau, Colette, Gabin ou Marcel Pagnol.

Aujourd’hui, les voyageurs se mêlent aux visiteurs et le lieu est devenu hautement fréquenté. A l’entrée, la porte tambour déverse un flux incessant de touristes qui transitent ou viennent se restaurer, tous attirés par la beauté du lieu; des costumes, des jeans, des cravates, des shorts, des appareils photos, bref, tout y passe ! Suivre ces visages émerveillés, admiratifs et respectueux, entendre ces « waou » et ces « t’as vu ça » transforment l’attente du train ou du repas en une bonne occupation. Paris est certainement le seul endroit au monde à posséder un restaurant avec ce « fond d’écran » en guise de panorama.

Le Train Bleu

Pour le personnel, la direction a mis les petits plats dans les grands : costumes bleus marines et cravates jaunes pour les chefs de rangs avec badges nominatifs assortis. Tout est mis en œuvre pour refléter une brasserie, représenter Paris, et faire revivre « un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ». Côté cuisine, l’indétrônable gigot d’agneau servi à la tranche sur guéridon accompagné de son gratin de pommes de terre à la Fourme d’Ambert rivalise avec le Tartare de bœuf escorté de pommes Pont-Neuf et préparé devant le client selon ses goûts. Le Baba au rhum arrosé d’un punch aux agrumes reste un grand classique de la maison.

Le Train Bleu Paris

Mais qu’en est-il des autres plats estampillés « spécialités » ? Le Saumon d’Ecosse fumé, trop sec, trop salé, servi façon maki avec sa crème wasabi est une faute en terme de goût et d’image. Les tranches de poisson roulées en corolles sont alignées dans l’assiette, formant quatre rosaces insignifiantes dissimulées sous des graines de sésame. Un plat en opposition totale avec son environnement ; une approche moderne dans un lieu qui fait tout son possible pour ne pas le devenir.

Le Train Bleu

Même déception pour la Côte de veau Foyot gratinée avec un mélange de mie de pain, guyère et beurre. Manque de cuisson pour la viande accompagnée de gnocchis pâteux, tandis que des tomates grappe insipides et trois pois gourmands semblent avoir été déposés dans le simple but d’améliorer l’aspect visuel et apporter un peu de couleur. Les écorces de citron confit apportent, quand à eux, un minimum de structure à un plat qui n’en a point. Il y a de la joie dans les fresques mais pas dans l’assiette.

Ce type de brasserie est-il sur le déclin ? Non, à en juger par la salle qui ne désemplit pas. Lipp, la Coupole, chez Julien ont-ils encore de beaux jours devant eux ? Le décor du Train Bleu justifie-t-il le prix exorbitant de l’addition ? Si l’endroit mérite d’être vu, s’aventurer au delà des classiques de la maison semble très risqué. Une cuisine finalement bien terne au vu du décor et d’un service hors-pair. Un club sandwich côté bar serait bien suffisant pour profiter de l’expérience. Je vous aurai prévenu !


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Le Train Bleu

Paris Gare de Lyon, Place Louis-Armand

Mots clés : agneau, baba au rhum, boeuf, côte de veau, gare, gigot, gigot d'agneau, paris, saumon fumé, tartare, train