L’indémodable Dix Vins

23 septembre 2018

Le tôlier de la cité sarde, René Fracheboud, fait le bonheur des gourmets depuis 23 ans avec une cuisine bourgeoise et gourmande.

Comment définir ce qui est indéfinissable ? Classer ce qui est inclassable. Le restaurant le Dix Vins joue la carte du naturel sans chercher à être autre chose que ce qu’il est : un élégant bistrot à l’indéfinissable charme. L’aventure carougeoise dure depuis 23 ans ! Quel record ! Une prouesse rarement égalée dans un paysage culinaire genevois en pleine restructuration (et décomposition pour la plupart). La clé du succès ? La nourriture, mais surtout un patron ! René Fracheboud, un homme discret à qui rien n’échappe et qui tient ses fourneaux d’une main de maître. Une de ces personnes en voie de disparition dans le monde de la restauration déboussolé par l’impact des réseaux sociaux.

Aux côtés d’autres pépites culinaires telles que Le Flacon, le bistrot Le Lion d’Or ou encore L’Ecorce pour ne citer qu’eux, Carouge devient avec le temps la plaque tournante inévitable de la gastronomie genevoise. En tant qu’incontestable chef de file, le Dix Vins en est l’acteur principal. L’intérieur du restaurant offre un décor distingué, sans superflu ni tape à l’œil. D’anciennes affiches publicitaires d’alcool comme Ricard, Suze, Martini ou encore Cinzano ornent les murs de la salle ; une table d’hôte intime de six couverts se cache discrètement derrière le bar dont les étagères débordent de vieilles liqueurs en tout genre. La salle principale quant à elle, adopte le style pur et simple du bistrot aussi lumineux qu’intimiste.

Le Dix Vins est un hymne à l’amour de la cuisine française dans toute sa splendeur et pousse à toutes les tentations culinaires. Les escargots et son beurre maison jouent des coudes avec une tête et langue de veau, sauce ravigote. Tandis que la joue de cochon tiède, vinaigrette au raifort répète ses gammes en compagnie de l’incontournable bœuf carotte. Pour commencer, un attentif maître d’hôtel nous révèle les suggestions. « Nous avons reçu des bolets à 18h30 ». Ni une ni deux, nous nous partageons cette entrée délicate en quatre coups de fourchette chacun (nous étions deux). Un régal intense avec ces champignons « tout simplement » assaisonnés d’huile d’olive, sel, poivre, et de quelques gouttes de citron et herbes diverses. La salade verte, servie en guise de « garde du corps » (accompagnée d’une divine sauce qui n’a malheureusement pas été mélangée au préalable) en devient même superflue. C’est pour dire !

Tranchons dans le vif du sujet avec un oeuf façon Wellington déposé sur une épaisse tranche de foie gras poêlé et un morceau de pain, le tout flottant gracieusement dans une sauce madère truffée. Une fois incisé, le jaune coulant et onctueux se déverse procurant un beau moment de bonheur. Comment passer à côté de l’aile de raie servie traditionnellement avec son beurre et ses câpres citronnées. La chair est souple et tendre, tandis que les bords sont quasiment caramélisés. Les câpres et le citron apportent un contraste parfait avec le gras d’une sauce assez riche. Chaque bouchée est d’une précision renversante. Même si les accompagnements sont un peu surannés au regard des mets principaux, il ne s’agit pas de haute gastronomie mais bien de grande gastronomie !

Les qualificatifs « exquis, savoureux, subtil » vont bon train… et à eux seuls procurent une lueur d’espoir dans un paysage culinaire dont la flamme et la notion de « vrai » s’éteignent discrètement.  Un travail de tous les instants qui rassure et fait plaisir. Avec une carte de Côtes du Rhône à faire pâlir tout amateur de bon nectar et un service aussi avenant que discret, le Dix Vins continue sa route vers un bonheur certain.


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Le Dix Vins

31 rue Jacques-Dalphin, 1227 Carouge

Mots clés : bistrot, carouge, dix vins, Genève