Chris McSorley: « Mon dernier repas? Un steak et du vin »

17 janvier 2017

Des plats de son enfance à ses goûts d’aujourd’hui: chaque mois, 
une personnalité romande se met 
à table

«Aux armes, aux armes… Nous sommes les Servettiens et nous allons gagner.» Ces paroles, Chris McSorley les connaît mieux que personne, forcément. Entraîneur haut en couleur du Genève-Servette Hockey Club depuis plus de quinze ans, il fait la pluie et le beau temps au sein de l’équipe aux couleurs grenat. Quand il n’est pas sur une patinoire, le coach mijote, cuit et assaisonne derrière ses fourneaux. Mais qu’est ce qui fait culinairement vibrer le plus genevois des Canadiens?

© Eddy Mottaz
© Eddy Mottaz

«Mes parents étaient fermiers»

«J’ai grandi dans une ferme à Hamilton dans la province d’Ontario au Canada. Pour se faire une meilleure idée, l’endroit est situé dans un environnement rural qui ressemble à celui de Langnau», explique le boss, enfant de famille nombreuse. Chez les McSorley, il y a dix frères et sœurs qui grandissent au milieu des champs de blé et d’avoine.

«Mes parents étaient fermiers. Nous avions des bœufs, plus de 300 cochons, un millier de poules, des chevaux et des champs de céréales. Nous vivions en totale autarcie. La viande provenait de nos troupeaux, les œufs de nos volailles et les légumes de notre agriculture.» Bref, la petite maison dans la prairie observe de très loin la malbouffe nord-américaine.

«Ma mère était une très bonne cuisinière»

Premier souvenir? L’instant de bonheur gourmand quand le pain sortait du four. «Ma mère le préparait elle-même. Nous accourrions des champs pour le manger encore chaud. Je me rappelle son odeur comme si c’était hier.» Les légumes, en revanche, ne remportent pas le même succès. A fond de train dans les allées du potager, Chris et ses frères roulent dessus avec leurs vélos pour éviter de les retrouver le soir dans leurs assiettes.

«Ma mère était une très bonne cuisinière mais n’utilisait pas beaucoup d’épices. J’ai cru m’étouffer la première fois que j’ai goûté un piment jalapeño», reprend l’entraîneur, qui bientôt quitte le giron familial pour entamer sa carrière américaine de hockeyeur professionnel. Il fait escale dans l’Ohio, le Michigan, le Massachusetts, le Nevada ou encore la Californie. Il découvre les fruits de mer sur la côte Est et habitue son palais à la nourriture épicée de la côte Ouest.

©NZZ.ch
©NZZ.ch

Découverte mexicaine

«Mes goûts ont considérablement évolué au fur et à mesure de mes déplacements. J’ai eu la chance de découvrir différentes cuisines associées à des cultures spécifiques selon les pays et les traditions, loin de ce que j’avais connu dans ma région natale. J’ai découvert la nourriture mexicaine à seulement 22 ans.» La famille McSorley arrive en Suisse en 2001. L’intégration passant par le ventre, elle décide de s’imprégner de la vie et de la cuisine locales de son pays d’accueil. Direction la Vieille-Ville de Genève dans un restaurant à fondues. «Nous nous sommes regardés ma femme et moi en nous demandant comment cela pouvait être apprécié de tous. Depuis ce jour, elle est un de nos plats préférés.»

La spécialité du chef

Une fois ses patins raccrochés et les vidéos de matchs commentées, le patron du Genève-Servette s’exerce à sa deuxième passion: la cuisine. «J’aime varier les recettes en fonction de mes envies et des saisons. Nous parlons souvent cuisine en famille. Devant mon piano de cuisson, je traduis les mots de mes proches sous forme de plats mijotés. Ma recette du moment? Une escalope de veau à la milanaise.»

La préparation commence par l’achat des ingrédients chez des commerçants triés sur le volet. Un seul mot d’ordre: «Il faut que tout soit frais! Une bonne viande, de bons œufs et du romarin mélangé à de la panure faite maison.» Mais ne lui parlez pas de pâtisserie ni de gâteaux. La gestion des ingrédients, la minutie, la précision, le suivi scrupuleux de choses à faire: le sucré, c’est trop compliqué. «Ce qui ne m’empêche pas d’adorer les douceurs; il faut mobiliser un service d’ordre pour me refréner devant un chariot de desserts»!

Les jours de match, l’entraîneur ne prend qu’un seul repas, à midi. En général, une entrecôte beurre maison avec des frites allumettes. De quoi faire le plein d’énergie avant d’affronter un nouvel adversaire. Pour le reste, le patron des Grenat avoue être capable de se relever la nuit pour une bonne bolognaise ou des travers de porc caramélisés. Et pour son dernier repas? Sans hésitation: un steak accompagné d’un verre de vin. «En espérant sincèrement en avoir besoin le plus tard possible.»

©Eric Lafargue
©Eric Lafargue

Un vrai gastronome

Chris McSorley, un épicurien, un passionné, bref un vrai gastronome. «Pour être satisfait à 100% dans un restaurant, il faut que j’aie rencontré le chef, l’équipe et le propriétaire. Cela renforce mon expérience globale. Connaître la personnalité de celui qui se trouve derrière les fourneaux me permet de mieux comprendre sa cuisine.»

Ses restaurants préférés? Il les garde secrètement pour lui. «J’apprécie de vivre dans un pays qui propose autant de produits de qualité. Nous sommes très gâtés. Chaque fois que je reviens des Etats-Unis, je sais pourquoi je vis dans cette merveilleuse ville qu’est Genève.»

Pour l’édition du journal Le Temps – samedi 17 décembre 2016


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